L'Eglise Saint-Médard - visite à 360°

Aucun document précis ne permet d'assigner une date précise à l'origine du premier temple dédié à St-Médard; il existait déjà en 1020, époque ou Erlende, veuve du Comte de Duras et Dame de Jodoigne, y fonda une messe quotidienne pour les trépassés.

En 1173, le Comte Gilles de Duras, donna l'église et tous ses biens à l'Ordre de l'Hôpital St-Jean de Jérusalem ou l'Ordre de Malte, à la condition que les frères y établissent dix d'entre eux comme desservants; mais en 1177, l'évêque de Liège réduisit ce nombre à sept. A la suite de cette donation, le vieux temple n'étant plus probablement en rapport avec ses dirigeants, il y a tout lieu de croire que c'est à partir de ce moment que l'église actuelle fut bâtie.

On n'a pas conservé de traces des bâtiments de la première église, quant à celle d'aujourd'hui, Wauters fait remonter le début de sa construction au 12e siècle. D'après Bouvier, au contraire, l'église daterait du 13e siècle etles travaux auraient été dirigés par l'architecte chargé de surveiller la construction de l'église St-Quentin de Louvain. Cette dernière époque est confirmée par le chanoine Lemaire dans son livre "Les origines du style gothique du Brabant." vu que cet auteur date de l'an 1200 environ la plus grande partie inférieure de l'église St-Quentin de Louvain.

Si l'incertitude plane sur l'origine de ce temple, la tradition nous a cependant transmis une légende à propos de sa construction. Cette légende nous apprend qu'on avait commencé à construire l'église à un endroit dit "le vieux cimetière"; mais une nuit, des mains mystérieuses transportèrent tous les matériaux sur la colline voisine et le peuple y voyant la volonté divine, on bâtit l'église à l'endroit désigné, c'est-à-dire, où elle se trouve actuellement.

En 1600, l'église fut la proie des flammes et "pendant sa reconstruction, les paroissiens de St-Médard durent se rendre à la chapelle Notre-Dame pour y recevoir les sacrements et assister aux offices divins." Autrefois, le presbytère de St-Médard se trouvait sur la Bruyère, il fut complètement détruit en 1735 par un incendie; c'est probablement à partir de ce moment que la cure fut installée près de l'église.

Jusqu'au 16e siècle, l'Eglise St-Médard ressortit à l'évêché de Liège; elle fit ensuite partie de celui de Namur et depuis le concordat (1801), elle appartient à l'évêché de Malines.

Notre patron St-Médard est né en 457 au village de Salency, près de Noyon; il fut évêque de Noyon et de Tournay.

Il avait un frère jumeau nommé Godard ou Gildard qui fut évêque de Rouen. Ces deux frères furent ordonnés prêtres et sacrés le même jour et tous deux moururent le même jour, le 8 juin 547.

Voici un trait de la vie de St-Médard que l'on voit représenté sur l'un des panneaux de la Châsse qui se trouve à l'église.

Un pauvre homme ayant perdu son cheval en route, revenait attristé portant sur ses épaules la selle et les étriers. Touché de son chagrin, le jeune Médard qui conduisait à l'abreuvoir les chevaux de son père, lui dit d'en prendre un, n'importe lequel. Dieu lui fit connaître aussitôt que cette action lui était agréable; car une grosse pluie étant survenue, un aigle vint au-dessus de la tête.

Le même historien, St Fortunat, qui rapporte ce fait, nous dit également qu'à la mort de St Médard, il survint une pluie chaude et abondante. Peut-être, ajoute St Fortunat, quand mourut St Médard, la terre asséchée, avait-elle besoin de pluie; aussi les peuples reconnaissants, voyant en ce fait, une attestation du saint et une marque de sa protection, continuèrent à recourir à St Médard pour obtenir la pluie.

L'entrée primitive de l'église était du côté gauche de l'édifice; cette ancienne porte est aujourd'hui condamnée mais toujours surmontée de la statue antique de St Médard aussi souriant qu'à l'époque de ce vieux conte populaire :

"C'était au temps lointain où ceux qui allaient implorer les faveurs du bon saint, déposaient leurs offrandes sur l'autel. Un jour, un fidèle, après avoir récité ses prières, tenté parles nombreux deniers qui se trouvaient aux pieds de St-Médard, en prit un furtivement tout en regardant la statue qui semblait lui sourire plus fort que de coutume; y voyant sans doute une adhésion du Saint, le bonhomme s'écria "Ah! te ris St Médard ! eh bé ! Je m'vas co printe on patard." Et empochant une seconde pièce de monnaie, notre quidam fit la révérence au bon saint et quitta le temple."

Aujourd'hui encore, en passant près de la vieille statue,bien rares sont les Jodoignois qui ne répètent point instinctivement la phrase légendaire lorsqu'ils contemplent la noble et belle prestance de notre bienheureux patron.

A l'époque de cette première entrée, le jubé de forme rectangulaire, occupait l'espace compris entre les deux piliers de la grande nef et descendait jusqu'au sol. L'église était alors surveillée jour et nuit par un gardien dont la loge était du côté gauche du jubé. Une corde attachée à la petite cloche dite de St Martin, passait au-dessus du jubé sur une poulie et aboutissait dans la loge et servait au gardien pour sonner l'alarme en cas d'incendie.

A la droite du jubé se trouvait le baptistère. Le jubé fut transformé en 1822; en 1837, un nouvel orgue y fut placé; il remplaça celui qui avait été construit par le nommé Wauters en 1715.

En 1929, un nouvel orgue fut installé et fut inauguré en septembre; il a coûté 110.000 francs et sa soufflerie fonctionne à l'électricité.

En 1822, le baptistère fut également déplacé et mis dans la nef latérale de droite. Le vase en marbre qui s'y trouve fut acquis par la Fabrique de l'Eglise à la vente publique des vieux meubles du Château de la Comté. Cet objet d'une sculpture remarquable se trouvait jadis dans une salle de bains du château du Comte de Romrée.

Le bénitier en marbre, adossé au pilier de droite, à l'entrée de l'église, provient aussi du Comte de Romrée; il fut offert à la Fabrique; en 1862, par la famille Pastur.

En 1822, le Marquis Ferdinand d'Yve de Bavais offrit à l'église quatre colonnes provenant d'un temple grec qui se trouvait dans le parc du Château de la Comté. Ces colonnes servirent à construire un porche à la nouvelle entrée de l'église, mais la Commission royale des monuments en demanda la suppression en 1878 vu que cette construction dépareillait le cachet architectural de l'église.

La tour de l'église qui a une hauteur de 47 mètres renferme trois cloches. La grosse cloche qui date de la construction du temple, a été refondue en 1673, en effet son inscription nous dit :"Je fus refondue en 1763 par Joseph et Jean Flumec; maître Gérard de Somzée étant curé de St-Médard." Sur la seconde cloche, on trouve l'inscription suivante: "Lors de ma bénédiction, je fus nommée Ferdinande-Charlotte. Je fus fondue par P.Thouvenel et N. Habert en l'an 1812. Sous les auspices de M. André Joseph Baugniet, curé et doyen et M. Charles Collin, maire de cette ville; j'eus pour parrain M. Ferdinand d'Yve de Bavay de Jodoigne et pour marraine Mme Charlotte-Joseph Antoinette Vandermeere,douairière de Villers." La troisième cloche fut offerte, en 1925, par M. Joseph Debienne, doyen et par Mr Max Pastur; elle porte comme inscription : "Lors du XXVe anniversaire de prêtrise du Doyen, Joseph Debienne, je fus fondue par F. Van Aerschoot, le 8 septembre 1925. Je m'appelle Marie-Christiane. J'eus pour parrain Louis Debienne et pour marraine Christiane Pastur."

Depuis le début du XVIIe siècle, lors donc de sa reconstruction, l'intérieur de l'église a subi de nombreuses transformations qui en détériorèrent complètement le caractère ogival. Malgré cela, grâce aux magnifiques boiseries du XVIIIe siècle qui tapissent le choeur, elle présente, vue de l'entrée, un coup d'oeil imposant. Ces boiseries où sont représentées en relief, dans des médaillons, les quatre évangélistes St Jean, St Luc, St Marc et St Mathieu, furent exécutées en 1745 par l'auteur dumaître autel. Il fut aidé dans son travail par Charles

Fleurquin de Jodoigne Quant à la partie inférieure du maître autel qui est en marbre et d'une belle sculpture, elle a été faite à Fontaine l'Evêque.

L'ancien banc de communion qui date de 1763, a été confectionné d'après la décision que voici :

"Messieurs les Magistrats de cette ville à l'intervention du Rd Pasteur Melchior Thomas, mambour des églises, du consentement de Messire Ferdinand de Romrée de Jodoigne, assemblés à l'Hôtel de Ville, ont convenu avec le Sr Nicolas Bonnet, maître menuisier en la ville de Nivelles, au sujet d'un nouveau banc de communion à faire au choeur de l'église paroissiale de St-Médard en la forme et manières suivantes :

1° que l'entrepreneur sera obligé de livrer la boiserie ainsi que les balustres en bois de chêne sec et vif conformément au plan formé à ce sujet; 2° que tous les assemblages devront être d'un pouce et demi d'épaisseur et les panneaux d'un pouce;
3° quant aux sculptures, il devra se conformer au plan délivré. Moyennant quoi, le mambour de la dite église payera à l'entrepreneur 1.000 florins présentement coursables dans le Duché de Brabant conformément aux placards de sa Majesté.

Fait et accepté à la maison de Ville de Jodoigne le 11 mars 1761."

Ce travail ayant été terminé en 1763, il fut soumis avant payement à une expertise dont voici le procès-verbal :

"Le 12 septembre 1763, le nommé Simon Charlot, géomètre architecte, en présence du Rd Pasteur de cette ville et du Magistrat, a confronté le plan de la dite boiserie du banc de communion faite par Maître Nicolas Bonnet de Nivelles et l'a trouvée conforme aux articles des conditions énumérées ci-dessus. En foi de quoi il a signé cette, die ut supra."

La splendide chaire de vérité qui retenait l'admiration de tous ceux qui visitaient le temple, est due aux frères Goyers de Louvain. Ce véritable chef d'oeuvre de sculpture avait en 1862, obtenu le prix d'honneur de l'exposition universelle de Londres. En 1863, la Fabrique de l'Eglise St- Médard en fit l'acquisition pour la somme de onze mille francs.

Ce monument artistique, complètement en chêne, était remarquable par la richesse et la délicatesse de son ornementation. Les rampes de l'escalier qui sont à jour, portent à gauche, les statues de St Joseph et de St Médard; à droite, celles de St François et de St Corneille. La tribune comprend quatre panneaux où sont représentées en bas-relief les scènes bibliques du Mariage de la Vierge, de l'Annonciation, de la Visite de la Vierge à Ste Elisabeth et de la Fuite en Egypte.

Cette chaire fut enlevée lors des derniers travaux de restauration.

On remarque actuellement dans les différentes parties du temple, une série de tableaux parmi lesquels nous citerons celui du choeur, à gauche, qui représente une extase de Ste Thérèse où cette sainte soutenue par un ange, reçoit la couronne que lui offre le Sauveur et celui de droite qui représente Ste Hélène recevant une croix du Pape en présence des cardinaux. Ces tableaux sont de Quellin. 17e siècle.

Aux deux côtés de l'entrée du choeur on voit des volets peints sur bois. L'un montre le Sauveur sortant de Jérusalem et portant sa croix; l'autre, le corps du Sauveur est porté au tombeau par les disciples et les saintes femmes. "Sur ce dernier se trouve un groupe de personnes dont plusieurs figures paraissent assez gracieuses." Ces deux volets ont été remis en bon état, en 1841, par Mr Dagneau fils, de Jodoigne.

 

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